Bienvenue à Cuba. Fraîchement débarqués sur le tarmac de l’aéroport, le ton est donné : chaleur moite, effluves de gasoil vintage, et une Chevy rose bonbon de 1953 qui nous attend, ronronnante. Direction notre casa particular, fenêtres grandes ouvertes, secoués à chaque nid-de-poule, comme si les amortisseurs eux-mêmes dansaient au rythme de la salsa. Pas de doute, on vient de monter dans une machine à remonter le temps… version décapotable.
20h15. Paf. Noir total. D’abord, on pense à une coupure de quartier. Puis on comprend : panne électrique nationale. Le pays est plongé dans le noir. Et cela le sera pour plusieurs jours. Cuba vit une de ses pires crises économique et énergétique depuis octobre 2024. Un début de voyage en mode immersion brute, rythmés par la lueur des lampes torches, les ombres chinoises sur les murs et le ballet incessant des moustiques.
On a passé deux semaines à explorer l’île, au rythme cubain. De La Havane à Trinidad, en passant par les mogotes de Viñales, les façades pastel de Cienfuegos ou les plages quasi désertes de Varadero, on a traversé un pays qui bouscule autant qu’il intrigue. Voici le récit de ce voyage pas tout à fait comme les autres.
On se met dans l’ambiance : parce que voyager ne saurait se faire sans musique, voilà notre coup de coeur pour lire cet article.
Notre itinéraire en 5 étapes
Nos étapes : La Havane (3 jours) → Viñales (2 jours) → Cienfuegos (1 jour) → Trinidad (3 jours) → Varadero (2 jours).
La Havane : capitale de Cuba haute en couleur
La Havane se dévoile peu à peu au fil des heures passées à déambuler dans ses calle. À la fois colorée, décrépite, mais résolument attachante, elle fascine autant qu’elle séduit. Au moins 2 jours sont nécessaires pour en saisir les contrastes. Voici les quartiers à explorer pour une première immersion :
- Habana Vieja : Véritable musée à ciel ouvert, ce quartier historique séduit avec ses bâtiments coloniaux colorés, ses places animées et les rythmes de salsa qui résonnent à chaque coin de rue.
- Centro Habana : Moins touristique, plus brut, c’est l’âme populaire de La Havane : un enchevêtrement de façades usées, d’une vie de rue grouillante et de scènes du quotidien aussi sincères que touchantes.
- Vedado : L’élégance tranquille de La Havane moderne : grandes avenues ombragées, bâtiments des années 50, et une vraie scène culturelle et nocturne.
- Playa et Marianao : Plus calmes et résidentiels, ces quartiers en bord de mer montrent une autre facette de la ville, entre plages locales, maisons cossues et institutions culturelles.
👉 Retrouvez notre city guide de La Havane avec nos quartiers préférés, bonnes adresses locales et conseils pratiques.
Viñales et l’Ouest de Cuba
→ Sur la route
Située à environ trois heures de route de La Havane, la vallée de Viñales offre un véritable changement de décor, entre collines verdoyantes et plantations de tabac. Pour rendre le trajet plus agréable, deux haltes méritent le détour :
- Las Terrazas : Un village écologique niché au cœur d’une réserve naturelle, connu pour son engagement en faveur du développement durable, ses maisons colorées et ses sentiers de randonnée dans une nature luxuriante. Ne manquez pas de prendre un café chez Maria, en haut du village.
- Soroa : Un havre de paix surnommé “l’arc-en-ciel de Cuba” pour sa végétation exubérante. On y découvre un jardin botanique, des orchidées rares et des cascades rafraîchissantes – idéales pour une pause nature avant de reprendre la route.
→ La région de Viñales
Nichée au cœur d’une vallée classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Viñales offre un décor spectaculaire de mogotes – ces collines calcaires aux formes arrondies – entourées de champs de tabac et de terres rouges. Loin de l’agitation urbaine, la vie y est paisible, rythmée par le chant des coqs et le travail des paysans.
Pour explorer les environs, nous avons opté pour une balade à cheval réservée par l’intermédiaire de notre casa particular : une manière simple et directe de s’immerger dans le paysage vallonné et de découvrir les plantations locales de tabac. Nous avons aussi pris un taxi pour aller voir le Mural de la Prehistoria : une fresque colorée de 120 mètres de long, peinte en 1961 par Leovigildo González Morillo, qui retrace l’évolution de la vie à Cuba, des ammonites aux premiers habitants indigènes.
Infos pratiques | Balade à cheval : L’excursion dure 3 à 4 heures, avec départ le matin ou en fin d’après-midi (mieux quand il fait chaud). Elle se réserve facilement via les casas ; les guides sont souvent des paysans du coin, sympas et expérimentés. Comptez 15 à 20 $ par personne, selon la durée. Pas besoin de savoir monter : les chevaux sont tranquilles et l’allure est douce. Prévoyez de l’eau, un pantalon long et de bonnes chaussures – la selle peut frotter un peu.
Notre véritable coup de cœur, c’est la Finca Agroecológica El Paraíso, une ferme-restaurant perchée avec vue sur la vallée. Située à environ 2 km du centre de Viñales, elle propose une cuisine cubaine faite maison, préparée avec des produits cultivés sur place en agriculture écologique. Entre randonnées à cheval, tabac séché et assiettes végétales colorées, Viñales a tenu ses promesses. Touristique, oui, mais le charme opère bel et bien.
→ Notre carnet d’adresses
- Viñales Lodge🌟: Casa au charme fou, tenue par un couple franco-cubain. Très bon petit-déjeuner, chambre avec terrasse, et accueil aux petits soins. Quartier calme à deux pas du centre. Budget $$.
- Finca Agroecológica El Paraíso🌟: Ferme-restaurant avec vue imprenable sur la vallée. Plats frais et colorés issus de leur ferme bio. Parfait au coucher du soleil. Sur réservation, au moins 2-3 heures à l’avance. Budget $$.
- Bar Tapas 3J : Un classique à Viñales. Plats cubains simples et bons, ambiance conviviale. Service efficace. Budget $.
- Mogote Café : Cadre décontracté avec jolie vue sur les mogotes. Sympa pour boire un verre. Budget $.
- Tareco’s Bar : Univers original dans un décor fait de bric et de broc. On a aimé déguster les tacos sur le rooftop. Budget $.
Cienfuegos : cap au sud de Cuba via la Baie des Cochons
→ Sur la route
En route vers le sud de Cuba, un arrêt s’impose : la Baie des Cochons, célèbre pour avoir été le théâtre d’un épisode marquant de l’histoire cubaine. L’étape permet aussi de couper agréablement le long trajet de six heures jusqu’à Cienfuegos.
Nous sommes arrivés à Playa Girón après un ballet de changements de taxis et de chauffeurs – comme c’est souvent le cas à Cuba. Ce petit village, aujourd’hui quasi désertique, semble figé dans le temps. Son passé lourd de sens contraste avec la tranquillité de ses plages et de ses eaux cristallines.
C’est ici, en avril 1961, que des exilés cubains entraînés par la CIA ont tenté de renverser le régime de Fidel Castro. L’opération, rapidement déjouée, a renforcé le pouvoir en place et reste un symbole fort de la résistance cubaine face aux ingérences étrangères. Pour mieux comprendre l’histoire, le Musée de Playa Girón vaut le détour : situé au centre du village, il retrace les événements de l’invasion. Un film d’intro, très marqué idéologiquement, y est projeté.
Horaires & billets | Musée de Play Girón : Le musée se visite en 30 à 45 minutes. Les horaires varient, mais il est généralement ouvert tous les jours entre 9h et 16h – mieux vaut arriver le matin. Entrée à 2-3 $.
→ Cienfuegos : la Perle du Sud de Cuba
Nous reprenons la route vers Cienfuegos, à un peu plus de deux heures de voiture. Changement d’ambiance : ici, l’architecture coloniale tranchera avec la tranquillité presque figée de Playa Girón. Blottie au fond de la plus grande baie de Cuba, Cienfuegos dégage un charme discret, mêlant élégance et douceur de vivre. L’empreinte de son passé français se retrouve dans ses bâtiments néoclassiques, ses grandes avenues bordées de palmiers et ses maisons pastel ornées de balcons en fer forgé.
Surnommée la Perle du Sud, la ville séduit par son atmosphère tranquille et ses jolies perspectives, notamment autour de la place Parque José Martí, le cœur vivant de Cienfuegos. On y trouve le Théâtre Tomás Terry, de style néoclassique, et la Catedral de la Purísima Concepción.
Mais Cienfuegos, c’est aussi une ville ouverte sur la mer. On peut flâner le long du Malecón, admirer la vue sur la baie, ou déguster une langouste grillée dans un resto du front de mer. Une escale agréable avant de rejoindre la charmante Trinidad, à 85 km plus à l’est.
→ Notre carnet d’adresses
- Casa El Sol : Appartement spacieux et propre. Yalaydi et son mari se sont pliés en quatre pour qu’on ne manque de rien. Budget $.
- Villa Maria : Langouste savoureuse à prix doux, ambiance conviviale et service attentif. Une bonne adresse sans chichi. Budget $.
Trinidad et sa région
Avant notre départ, nous n’avions que peu de connaissances sur Trinidad. Quelques blogs recommandaient d’y passer au moins trois nuits. Nous avons suivi ce conseil… et nous n’avons pas regretté ! Arrivés sans grandes attentes, nous repartons avec un véritable coup de cœur pour la ville et ses environs.
→ Ville de Trinidad : joyau colonial de Cuba
Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Trinidad est l’une des villes les plus charmantes de Cuba, un véritable musée à ciel ouvert. La vieille ville est remarquablement préservée comparée à La Havane. Nous avons apprécié nous perdre dans le dédale de ses ruelles pavées, bordées de maisons coloniales aux couleurs vives. Chaque occasion est bonne pour profiter d’un rooftop et déguster une piña colada (ou un Canchánchara pour Vincent 😉) au coucher du soleil. La ville regorge de restaurants sympas, offrant une variété de cuisines locales et internationales.
→ Péninsule d’Ancón
Louer un vélo est une excellente option pour explorer la péninsule. Prévoyez au moins une heure de trajet pour rejoindre les plages. La route est relativement plate, mais le confort du vélo peut varier – ce qui peut rendre le trajet un peu moins agréable. Cela dit, le jeu en vaut la chandelle lorsqu’on découvre le bleu turquoise des plages. Dans le contexte post-COVID, avec des relations tendues avec les États-Unis et une crise énergétique en toile de fond, le tourisme a chuté de manière significative. Résultat : des plages presque désertes, pour notre plus grand plaisir.
Infos pratiques | Louer un vélo à Trinidad : ll n’y a pas vraiment de shop officiel, mais en creusant un peu sur Google Maps, on est tombés sur Travels Bikes. Location simple et efficace, 15 $ la journée. Coordonnées Google Maps ici.
→ Parc naturel de Topes de Collantes
Ce parc est un véritable écrin de verdure situé à 700 mètres d’altitude. Il a servi de refuge aux rebelles menés par le Che lors de la révolution de 1958. Aujourd’hui, plusieurs sentiers balisés permettent de découvrir des cascades magnifiques.
Nous avons emprunté le sentier Vega Grande, une randonnée de trois heures aller-retour de difficulté moyenne, menant à une belle cascade. Nous avons négocié un taxi pour une demi-journée (60 $ via notre casa particular). Les entrées du parc se payent dans un bureau en ville, où le chauffeur de taxi s’arrête généralement. Le tarif est de 10 $ par personne.
→ Notre carnet d’adresses
- Casa El Sueño🌟 : On a adoré cette casa, surtout sa cour intérieure pleine de charme. Super accueil par Isilys. Budget $$.
- Restaurant San José : Un classique de Trinidad. Bon service et très bonne ropa vieja. Budget $$.
- Restaurant Conspiradores : Superbe accueil, langouste bien préparée, et joli cadre face aux escaliers de la Casa de la Musica. Budget $$.
- Café Muñoz : Bonne pause café ou déjeuner, un peu à l’écart du centre. Ambiance tranquille. Budget $.
- El Rintintín : Parfait pour un apéro sur le rooftop avec vue magnifique sur le clocher de Trinidad. Budget $$.
Varadero : parenthèse balnéaire à Cuba
Varadero, sa plage… rien que sa plage. Pour le reste, passez votre chemin ; cela pourrait résumer ce bout de pays. En effet, ici, vous croiserez davantage de Québécois que de Cubains. Hôtels et marina surdimensionnés, tristement vides, complètent un tableau un peu nostalgique d’une époque pré-Covid / pré-Trump.
Malgré tout, la beauté de l’endroit ne laisse pas indifférent : les nuances de bleu du golfe du Mexique, les cocktails au coucher du soleil et les délicieuses langoustes permettent de passer un séjour agréable. Après tout, on est bien dans les Caraïbes.
Varadero, c’est un vrai choc des cultures après avoir exploré le reste du pays. Vous y trouverez des casas 5 étoiles, tout confort, avec électricité et Wi-Fi, à seulement 200 mètres de la plage. L’envers du décor, cependant, a un goût un peu amer.
Le tourisme est la deuxième source de revenus du pays, et Varadero, avec ses visiteurs principalement américains, canadiens et russes, reste la région la plus protégée par le gouvernement. On y entend plus parler québécois qu’espagnol. Pour préserver ce flux, les pénuries d’électricité, d’essence et de produits alimentaires sont souvent épargnées ici, laissant le reste du pays dans une situation bien plus difficile. Certaines zones de la péninsule sont même interdites d’accès aux Cubains.
Varadero peut être une escale agréable pour se détendre pendant deux jours. Mais si vous cherchez à prolonger l’immersion dans le Cuba profond, celui des rencontres et des contrastes, mieux vaut chercher ailleurs.
→ Notre carnet d’adresses
- Casa MarAzul : On a préféré une casa à un resort – sans doute parce que les resorts ici ont un petit air de fin de règne. Super adresse : spacieuse, bien placée, à deux pas de la plage. Cerise sur le gâteau : un dîner maison organisé par un chef du quartier. Super rapport qualité-prix. Budget $$.
- La Rampa : Petit resto local avec de la langouste à prix doux. Ambiance simple, cuisine efficace. Budget $
- Don Alex : Bonne surprise pour les pizzas et les pâtes. Une pause italienne au milieu du riz congrí. Budget $.
- Marisquería Laurent : Plus chic, mais vraiment bon. Poisson frais, bon service. Budget $$.
- Salsa Suárez : Une valeur sûre à Varadero. Bonne cuisine et jolie présentation. Budget $$.
Cuba, c’est une histoire d’amour qui a failli ne jamais commencer. En mars 2020, alors que le monde se confine, notre projet de départ tombe à l’eau. Cinq ans plus tard, nous y voilà enfin. Deux semaines de découvertes qui nous ont profondément marqués. Ce pays, complexe et fascinant, a le pouvoir de surprendre à chaque instant. Il peut parfois déstabiliser, mais sa chaleur humaine, la beauté de ses paysages et cette atmosphère unique des années 50 qui imprègne ses rues en font une destination vraiment à part.
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